L'article ci-dessous est paru sur le site de Médiapart. Découvrez comment Madame le Maire et sa première adjointe, Marie Hélène RIAMON assurent la promotion du Roannais ! Ce n'est sans doute pas le meilleur moyen de faire venir des entreprises et de nouvelles populations à Roanne...
Ici, la moindre fermeture est tragique» A Roanne, ils sont nombreux à confier qu'ils bouclent leurs fins de mois avec un deuxième petit boulot ou des activités au noir. «C'est une véritable économie souterraine ici, raconte Lionel, la trentaine, ouvrier. On fait quelques heures en plus, de la maçonnerie, de la distribution de journaux, on élève des poules, des lapins.»
Si cette pauvreté ne saute pas aux yeux, c'est parce qu'«on vit modestement» etque«les gens se débrouillent», explique Marie-Hélène Riamon. «Ici on ne vit pas seul, on est entouré, intégré, grâce au tissu associatif, c'est l'héritage industriel.» Roanne compte 600 associations dont près de 150 à caractère social. «Considérable pour une ville de cette taille», insiste Philippe Serreau, adjoint à la citoyenneté et la vie associative. «Cette pauvreté est générale dans les quartiers ouvriers. Ils se prennent le chômage depuis 20 ans! Ce qui les maintient, ce sont les centres de loisirs et les amicales, affirme Serge Lenoir, secrétaire général CGT du Roannais. C'est pas trop apparent mais demain ils seront dans la rue» pour manifester contre la réforme des retraites.
Pas trop apparent aussi parce qu'ici, on trouve peu de plans sociaux massifs qui font la «une» des journaux, mais plutôt des licenciements dans des petites entreprises et des fermetures d'ateliers. C'est Bel Maille (textile) qui se sépare de sept personnes, Manitowoc (grues) qui réinternalise sa sous-traitance, un centre de radiographie qui ferme, laissant quatre personnes sur le carreau. «Sans parler des temps partiels imposés», ajoute Serge Lenoir.
Et si Michelin (pneus), Nexter (armement) et Ultra Nova (outils coupants) réussissent aujourd'hui à s'en sortir, c'est parce que le premier produit du haut de gamme (destiné notamment aux luxueux 4×4, pas touchés par la crise), le deuxième a connu une violente restructuration en 2006 et le troisième a été racheté par un groupe allemand. «On n'a pas de marge de manœuvre, la moindre fermeture est tragique», explique la première adjointe.
Il aura fallu une analyse des besoins sociaux commandée par l'agglomération en 2009 pour faire émerger ce constat d'appauvrissement. Mediapart s'est procuré ce document de 115 pages. Les chiffres sont terribles: un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, un tiers n'est pas imposable, le revenu médian n'atteint que 1.158 euros et la catégorie sociale supérieure (CSP+) ne représente que 6% de la population.
D'autres indicateurs ne trompent pas. Entre 2008 et 2009, le budget de l'aide alimentaire municipale a grimpé de 32% et le nombre de colis distribués est passé de 5.670 à 7.820. Les subventions aux associations sociales ont augmenté de 18%. Le budget alloué au secours d'urgence est passé de 46.000 à 86.000 euros. «Peu de bénéficiaires viennent chercher le «pass culture» et l'aide aux transports, alors que pour l'aide alimentaire et les allocations de rentrée scolaire, c'est du 100%», dit Philippe Serreau.
L'activité des associations sociales augmente, elle aussi. Les Restos du cœur voient affluer de plus en plus de personnes âgées et de jeunes en difficultés. A deux pas de l'hôpital, dans des locaux modestes, la «Boutique santé» a connu son pic de fréquentation en 2009 (50 personnes par jour, contre une trentaine ces dernières années). Créée en 1997 pour favoriser un accès à l'hygiène à des personnes sans abri et marginales, elle doit aujourd'hui élargir son offre. «Avant, les familles venaient laver leur linge lorsque la machine était en panne. Maintenant c'est parce qu'elles n'ont pas les moyens d'en racheter une», explique Blandine Lathuillière, la directrice.
Même chose avec le petit déjeuner à 20 centimes. «Avant on donnait une boisson chaude pour lutter contre le froid, maintenant on propose à grignoter car certains viennent faire leur unique repas de la journée. Ces deux dernières années, on est passé du dépannage à l'aide de long terme.» Blandine Lathuillière évoque cette femme de 56 ans, demandeuse d'emploi, propriétaire d'un petit appartement, qui ne peut plus payer ses charges et vit sans chauffage. «L'année dernière, ses Assedics ont été bloquées, elle a passé l'été sans revenus. Elle cherche à vendre son appartement mais il ne vaut plus rien.»
On ne veut pas se présenter comme des pauvres»
Dans ce contexte, les aides publiques sont souvent le dernier recours avant l'indigence. Sous perfusion d'aides européennes depuis trente ans et dopé à coups de contrats de revitalisation, «ce territoire, sans l'intervention publique, ne serait plus là, ou en sous-développement, affirme Marie-Hélène Riamon.Les outils d'intervention des pouvoirs publics ne sont que de court terme mais ils sont des matelas indispensables et maintiennent des activités de service public.» Le département draînait la quasi-totalité de la subvention régionale du Fonds européen – FEDER (400 millions d'euros perçus en douze ans). En 2007, ce contrat a pris fin.
Autant dire qu'à Roanne, la réforme des collectivités territoriales, ajoutée aux mesures d'austérité, est accueillie comme «une catastrophe». L'équipe en place parle de «double peine»: «On perd de la population, donc on perd des recettes fiscales mais aussi des dotations de l'Etat car on est virtuellement plus riches par habitant.» S'ajoute à cela la suppression de la taxe professionnelle. «C'est terrible pour nous car on percevait beaucoup de TP industrielle.» Comble de l'histoire, une hausse des impôts n'a «aucun effet» puisque seul un tiers de la population est imposable. «Ça resserre de partout, on n'a plus de filet.»
Le plus dur, pour la municipalité, reste encore de «lutter contre cette morosité ambiante». Marie-Hélène Riamon: «Il y a une nostalgie de l'âge d'or industriel du plein emploi. Les parents sont très pessimistes, ils disent à leurs enfants: «Va à Lyon, Saint-Etienne, ici il n'y a pas d'avenir!»Dans ces familles, l'homme travaillait dans l'industrie d'armement ou mécanique, la femme dans le textile, on vivait plutôt bien. Puis elle a perdu son emploi, sans qualification elle garde des enfants. Le mari a été mis en pré-retraite à 53-55 ans.»
«Beaucoup de jeunes de ma boîte sont partis à Lyon ou Saint-Etienne, même pour faire le même boulot, mais mieux payé», dit Nathalie, 28 ans, qui travaille dans un centre d'appels pour «998 euros par mois». «Les gens sont à un tel niveau de découragement qu'ils se tapent les uns sur les autres.» Elle raconte le climat de «peur» et d'«individualisme».
«On se bat», la formule revient en permanence dans la bouche des élus qui refusent «de faire du misérabilisme». L'adjointe aux finances: «On ne veut pas se présenter comme des pauvres. On a toujours été la zone industrielle de Lyon, notre hantise c'est de devenir une ville dortoir: chaque jour, 1000 personnes prennent le train pour aller y travailler.» Les solutions, la ville les cherche dans la métropolisation: «On ne veut pas être la quatrième couronne de l'agglomération lyonnaise, mais l'accrochage avec la métropole lyonnaise.»
Grâce à la ligne TGV alternative POLC (Paris-Orléans-Lyon-Clermont) et à l'arrivée de l'A89. Grâce aussi à une optique de développement et de maintien des industries sur place. «Il faut générer notre propre développement, rechercher le maillon manquant et se demander: «Que sait-on faire ici?»On a besoin d'insertion, de services à la personne, de tourisme, d'économie sociale et solidaire, d'écoconstructions, de déconstruction (les chars Leclerc, conçus à Roanne). Il y a un potentiel de 2.000 emplois!» Ils misent notamment sur les pôles de compétitivité (15 créés depuis 2001 dans la région Rhône-Alpes) et l'agroalimentaire.
Et la crise européenne? La première adjointe sourit: «Dans notre malheur, on a un bonheur: avec les crises précédentes, on a acquis une certaine résistance et des amortisseurs. Les entrepreneurs ont appris à s'adapter en diversifiant les marchés et les fournisseurs, alors dans la crise actuelle, les entreprises du Roannais résistent bien, proportionnellement.»